Leçon gratuite · Réassurance · 7 min de lecture

La réassurance : quote-part, excédent de sinistre et stop loss

Un assureur peut-il lui-même s’assurer ? Oui : c’est la réassurance. Elle lui permet de souscrire de gros risques, de lisser ses résultats et d’alléger son besoin en capital. Voici les principaux traités, chacun sur un exemple chiffré.

Dans cette leçon 11 parties
  1. Pourquoi un assureur se réassure
  2. Deux familles de traités
  3. La quote-part
  4. L’excédent de plein
  5. L’excédent de sinistre
  6. Le stop loss
  7. Combiner les traités
  8. Tarifer une tranche : le burning cost
  9. Quiz rapide
  10. Ce qu’il faut retenir
  11. Pour aller plus loin

Pourquoi un assureur se réassure

  • Souscrire de gros risques. Une usine assurée pour 50 M€ peut, à elle seule, effacer le résultat d’une année. La réassurance permet de l’accepter quand même.
  • Lisser les résultats. Une tempête ou une série de sinistres graves pèse moins lourd si une partie est transférée.
  • Alléger le capital. Sous Solvabilité 2, la part de risque transférée ne pèse plus sur le capital de solvabilité requis. Reste à couvrir le risque que le réassureur fasse défaut, d’où l’importance de sa solidité.

Le vocabulaire : l’assureur qui transfère le risque est la cédante, celui qui l’accepte le réassureur. Le contrat qui les lie est un traité.

Deux familles de traités

Les traités proportionnels partagent chaque contrat selon un pourcentage : primes et sinistres sont répartis dans la même proportion. Les traités non proportionnels ne s’intéressent qu’aux sinistres : le réassureur paie au-delà d’un seuil, la priorité, jusqu’à une limite, la portée.

La quote-part

Dans une quote-part, la cédante cède un pourcentage fixe de tout son portefeuille. Le réassureur lui verse une commission sur les primes cédées, car c’est elle qui continue de supporter les frais d’acquisition et de gestion.

Exemple : 10 M€ de primes, 7 M€ de sinistres, une cession de 40 % et une commission de 25 %.

Quote-part à 40 %, commission de 25 %, en M€
BrutRéassureurCédante
Primes10,04,06,0
Sinistres7,02,84,2
Commission−1,0+1,0
Résultat3,00,22,8

Le résultat de la cédante passe de 3 à 2,8 M€, mais elle ne garde plus que 60 % de chaque mauvaise surprise. Simple à gérer, la quote-part convient bien aux portefeuilles jeunes ou en forte croissance. Son défaut : elle cède aussi les petits sinistres, que la cédante pourrait très bien garder.

L’excédent de plein

L’excédent de plein est un traité proportionnel calculé risque par risque. La cédante fixe son plein de conservation, le montant maximal qu’elle accepte de garder sur un risque, par exemple 1 M€. Le traité prend la part de chaque risque qui le dépasse, jusqu’à un certain nombre de pleins, ici 4.

Excédent de plein : plein de 1 M€, traité de 4 pleins
Capital assuréPart cédéeTaux de cession
0,8 M€00 %
2,5 M€1,5 M€60 %
5 M€4 M€80 %
8 M€4 M€50 %

Le taux de cession s’applique ensuite aux primes et aux sinistres de chaque risque : sur le risque de 2,5 M€, un sinistre de 0,5 M€ coûte 0,3 M€ au réassureur. Pour le risque de 8 M€, le traité est plein : la cédante garde son plein de 1 M€ et doit placer les 3 M€ restants autrement, par exemple en réassurance facultative, négociée risque par risque.

L’excédent de sinistre

Dans un excédent de sinistre, noté « portée XS priorité », le réassureur paie pour chaque sinistre la part qui dépasse la priorité, dans la limite de la portée :

Paiement = min(max(X − priorité, 0), portée)

Exemple : un traité « 4 M€ XS 1 M€ » couvre la tranche de 1 à 5 M€ de chaque sinistre.

Excédent de sinistre « 4 M€ XS 1 M€ », en M€
SinistreRéassureurCédante
0,600,6
2,51,51,0
7,04,03,0
Total 10,15,54,6

Sur le sinistre de 7 M€, la cédante garde la priorité de 1 M€ et les 2 M€ qui dépassent la tranche. Pour s’en protéger, elle peut acheter une seconde tranche au-dessus, par exemple « 5 M€ XS 5 M€ » : un programme de réassurance empile souvent plusieurs tranches.

L’excédent de sinistre peut porter sur un risque (un bâtiment, une vie) ou sur un événement : une tempête qui touche des milliers de maisons forme un seul sinistre pour un traité par événement, dit traité catastrophe. Une fois la portée consommée, une clause de reconstitution permet en général de la rétablir, moyennant une prime supplémentaire.

Le stop loss

Le stop loss protège le résultat annuel, tous sinistres confondus. Priorité et portée s’expriment souvent en pourcentage des primes.

Exemple : une mutuelle santé encaisse 2 000 k€ de primes et achète un stop loss « 50 % XS 70 % ». L’année est mauvaise : 1 780 k€ de sinistres, soit un ratio sinistres à primes de 89 %.

Priorité : 70 % × 2 000 = 1 400 k€ portée : 50 % × 2 000 = 1 000 k€ Réassureur : min(1 780 − 1 400 ; 1 000) = 380 k€ mutuelle : 1 400 k€

Le ratio conservé par la mutuelle est plafonné à 70 %, tant que la charge reste sous 120 % des primes. C’est la protection la plus directe du résultat. Elle est aussi délicate à tarifer : la sinistralité annuelle dépend de la façon dont la cédante souscrit, ce que le réassureur ne contrôle pas.

Combiner les traités

Un programme réel combine souvent plusieurs traités. Prenons une quote-part à 50 %, dont la part conservée est protégée par un excédent « 1 M€ XS 0,5 M€ », et un sinistre de 3 M€ :

Quote-part : 1,5 M€ cédés, 1,5 M€ conservés Excédent sur la part conservée : min(1,5 − 0,5 ; 1) = 1 M€ Charge nette de la cédante : 0,5 M€

L’ordre compte : appliqué au sinistre brut, le même excédent aurait laissé 1 M€ à la cédante. Les conditions des traités précisent toujours sur quelle base chacun s’applique.

Tarifer une tranche : le burning cost

Pour tarifer un excédent de sinistre, le réassureur rejoue l’historique. Il revalorise les sinistres passés au niveau d’aujourd’hui (inflation, évolution du portefeuille), calcule ce que la tranche aurait payé chaque année, puis rapporte le total à l’assiette de primes de la cédante.

Tranche « 2 M€ XS 1 M€ » : coût as if et assiette, en M€
AnnéeCoût de la trancheAssiette de primes
10,850
20,050
32,050
40,350
51,450
Total4,5250
Burning cost = 4,5 / 250 = 1,8 % de l’assiette

Ce burning cost est un point de départ. Le réassureur y ajoute ses frais, le coût de son capital et une marge pour les sinistres extrêmes qu’un historique de cinq ans n’a pas vus. Pour les tranches hautes, rarement touchées, il le complète par un modèle de sinistres graves, souvent fondé sur une loi de Pareto.

Quiz rapide

Quelle différence entre une quote-part et un excédent de sinistre ?

La quote-part partage tout dans la même proportion, primes et sinistres. L’excédent de sinistre ne paie que la partie des sinistres qui dépasse la priorité : la cédante garde tous les petits sinistres.

Que paie un traité « 2 M€ XS 3 M€ » sur un sinistre de 4 M€ ?

1 M€ : la part au-delà de 3 M€, sous la limite de 2 M€.

Pourquoi le burning cost ne suffit-il pas pour une tranche haute ?

Une tranche haute est rarement touchée : cinq ou dix ans d’historique peuvent ne contenir aucun sinistre, alors que le risque existe bel et bien. On complète avec un modèle de sinistres graves.

Ce qu’il faut retenir

  • La réassurance sert à souscrire de plus gros risques, à lisser les résultats et à alléger le capital.
  • Proportionnel : on partage primes et sinistres (quote-part, excédent de plein).
  • Non proportionnel : le réassureur paie au-delà d’une priorité, dans la limite d’une portée (excédent de sinistre, stop loss).
  • Une tranche se tarifie d’abord au burning cost, puis avec un modèle de sinistres graves.

Pour aller plus loin

À vous de jouer : les exercices de réassurance, de la quote-part au burning cost.

Un bureau d’études d’étudiants de Master 1 à l’EURIA : Optimisation de la couverture de réassurance pour une compagnie non-vie. Son premier chapitre présente chaque type de traité ; la suite cherche la meilleure priorité et la meilleure portée d’un excédent de sinistre.

Pour mesurer le risque que l’on cherche à réassurer : le simulateur Monte Carlo, VaR et TVaR comprises.

Envie d’aller plus loin ?

Le cours Réassurance va plus loin, en huit chapitres : excédent de plein, reconstitutions, traités catastrophe, tarification par la loi de Pareto, optimisation d’un programme et Solvabilité 2.

Voir le cours Réassurance